12.10.2006

En nous la vie des morts

medium_images.jpeg« J’ai beaucoup de tendresse pour la femme noire que j’ai été. Elle est morte, et il était temps qu’elle meure. Mais elle s’est bien battue. Elle a fait ce qu’elle a pu. Je dis toujours que l’ombre que dégagent les êtres les plus sombres est à la mesure d’une lumière à venir, qu’ils ne voient pas encore parce qu’ils ont la vue trop courte. » (...) A la relecture de ses premiers écrits, un défaut la frappe : « Trop de mots ! Quelque chose d’encombré. J’écrivais sur une grosse machine électrique, une énorme bête qui faisait un boucan d’enfer. Je fumais comme un pompier, je buvais beaucoup. Il y avait un côté caricatural ! Aujourd’hui, même physiquement, cela n’a plus rien à voir. J’ai renoncé à la jubilation des mots. On gagne toujours à élaguer, à se dépouiller. » (...) « Aujourd’hui, je pense que la souffrance est une occasion inespérée de comprendre. Quand je sens que je suis blessée, je me demande ce que je n’ai pas encore voulu regarder chez moi, pour que ça fasse mal à ce point. Lorsqu’on souffre, on a une acuité au monde décuplée qui permet de voir ce qu’on ne verrait pas en état de plaisir permanent. Il faut saisir cette voie d’accès, avant que tout se referme. »


Lorette Nobécourt dans une interview à Télérama à l'occasion de son dernier roman, En nous la vie des morts.

 

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